Plan métropolitain de gestion des matières résiduelles de la CMM
Le projet est en marche, déclare la CMM

Montréal, le jeudi 18 septembre 2003 – En conférence de presse aujourd’hui, le président de la commission de l’environnement de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), Me André Boileau, a présenté les principaux éléments du PMGMR en précisant qu’il s’agit d’un projet ambitieux, que les objectifs à atteindre sont très élevés et qu’une participation exemplaire de toute la population sera nécessaire pour assurer la réussite du projet. Celui-ci sera déposé pour adoption ce soir au conseil de la CMM. Une fois adopté, le conseil procédera alors à la constitution d’une commission indépendante pour initier les consultations publiques sur le projet.

Selon M. André Boileau, ce projet est ambitieux et la marche à franchir pour atteindre les objectifs est très haute. « Sur le territoire de la CMM, on parle actuellement d’un taux de détournement de 17 %, a-t-il noté . Pour les municipalités, le taux visé est de 60 % en 2008. Cet objectif est peut-être louable, sauf que les mesures prévues au plan sont tellement importantes que leur mise en place nécessite un échéancier beaucoup plus réaliste. Le projet comprend des mesures qui seront implantées graduellement, il aborde l’épineuse question des lieux d’enfouissement sanitaires et il propose un plan de financement pour défrayer les coûts des nouveaux services et nouvelles infrastructures à mettre en place. Cela dit, la CMM considère que le taux de 60 % à atteindre en 2008 est irréaliste. Le projet à l’étude vise 40 % pour cette date et c’est déjà là un pas important. »

Pour le président de la commission de l’environnement de la CMM, en tenant compte de sa propre expérience des dernières années dans son quartier à Laval, la date butoir de 2008 est pratiquement impossible à atteindre. « En 1996, a-t-il fait remarqué, on est parti d’un taux de récupération de 16 % et aujourd’hui, en 2003, donc sept ans plus tard, on a atteint un taux de 44 % avec toute une panoplie de mesures, dont la collecte à trois voies, le tri à la source, le compostage, ainsi qu’une large place faite à la sensibilisation et à l’éducation des ménages à qui on a demandé un changement de comportement assez radical. »

Les principales mesures contenues dans le PMGMR

Pour atteindre les objectifs de valorisation et de récupération fixés par la loi, le projet adopté par la CMM s’articule autour des cinq priorités suivantes :

  1. D’abord, la mise à niveau de la première voie, c’est-à-dire la collecte sélective porte-à-porte des matières recyclables pour tous les citoyens du secteur résidentiel sur l’ensemble du territoire de la CMM. Selon l’échéancier prévu, cette mesure devra être effective à compter du 1er janvier 2006 dans tous les immeubles de huit logements et moins.
  2. L’implantation graduelle de la deuxième voie, c’est-à-dire de la collecte sélective des matières putrescibles (résidus de jardin et résidus de table). Cette deuxième voie sera implantée en deux temps : d’abord la collecte des résidus de jardin, à compter du 1er janvier 2006, ensuite la collecte des résidus de table, à compter du 1er janvier 2007.
  3. En ce qui a trait à la troisième voie, c’est-à-dire la collecte des matières devant être acheminées vers les sites d’enfouissement, elle sera effective dès la mise à niveau de la collecte sélective porte-à-porte à compter du 1er janvier 2006. Toutefois, à compter du 1er janvier 2007, il y aura interdiction d’y inclure les résidus domestiques dangereux (RDD).
  4. Pour éviter que les RDD se retrouvent dans les sites d’enfouissement, la CMM introduit une mesure complémentaire visant à récupérer les RDD. Ainsi, à compter du 1er janvier 2007, tous les RDD devront être acheminés dans les sites désignés pour les accueillir. L’implantation de cette mesure nécessite l’installation de dépôts permanents capables de recueillir les RDD. Lorsque ces installations seront en service, les autorités locales pourront alors choisir de discontinuer ou non les collectes itinérantes ou annuelles actuelles.
  5. Enfin, la CMM accorde une priorité importante à la sensibilisation et à l’information du grand public. La CMM aura, entre autres, la responsabilité d’organiser des campagnes métropolitaines de sensibilisation, tandis que les autorités locales auront la responsabilité d’informer et de sensibiliser le public sur les procédures et les moyens locaux qui seront mis en place pour atteindre les objectifs.

« Comme on peut le constater, les mesures retenues pour la mise en œuvre du PMGMR sont importantes, a soutenu M. Boileau. Elles devraient permettre de réduire la production de matières résiduelles, de promouvoir la récupération et la valorisation de ces matières et de réduire les quantités de matières résiduelles devant prendre la filière de l’élimination. Pour nous à la CMM, a-t-il insisté, il s’agit là d’une responsabilité sociale collective qu’il n’est désormais plus possible de refiler aux générations futures. »

Les infrastructures nécessaires à la réalisation du PMGMR

La mise en place des mesures proposées dans le PMGMR implique l’accessibilité à de nouvelles infrastructures pour atteindre les objectifs de valorisation, de récupération et d’élimination des matières résiduelles produites. Bien que les infrastructures existantes puissent encore répondre à la demande actuelle, force est de constater qu’elles ne pourront pas toujours suffire et qu’un certain nombre de nouvelles installations doivent être envisagées.

Les éco-parcs
Étant donné la présence effective d’éco-parcs dans certaines municipalités, la CMM estime qu’un total de 62 éco-parcs seront requis pour couvrir les besoins du territoire, dont 45 nouveaux. De ce fait, les parcs à conteneurs existants devront être convertis en éco-parcs complets.

Les dépôts permanents
En ce qui a trait aux dépôts permanents, la CMM estime que 102 dépôts permanents seront requis sur le territoire pour atteindre les objectifs, dont 86 nouveaux. La CMM est d’avis que l’aménagement d’un dépôt permanent par autorité locale est souhaitable et qu’un dépôt permanent ne devrait pas desservir plus de 25 000 citoyens. L’estimation du nombre de dépôts permanents a été réalisée de la façon suivante :

  • Pour les autorités locales de plus de 100 000 citoyens : un dépôt permanent par arrondissement ou par secteur administratif, en considérant que l’éco-parc doit comprendre un dépôt permanent.
  • Pour les autres autorités locales : un dépôt permanent par autorité locale ou un dépôt permanent desservant environ 25 000 citoyens.

Les centres de compostage
La mise en place progressive des services de collecte porte-à-porte des matières putrescibles (résidus de jardin et résidus de table) nécessitera l’implantation graduelle de nouvelles installations de compostage.

Ainsi, la CMM estime que 19 nouveaux centres de compostage seront requis pour faciliter l’atteinte des objectifs visés. De ce nombre, 12 de ces nouveaux centres seront nécessaires pour les besoins spécifiques du secteur municipal et 7 autres centres supplémentaires seront requis pour desservir le secteur des ICI (institutions, commerces et industries).

Les lieux d’enfouissement sanitaire (LES)
Le projet de PMGMR reconnaît que la question de l’élimination des déchets est fondamentale et que les lieux d’enfouissement sanitaire représentent un enjeu majeur du PMGMR.

Cinq lieux d’enfouissement sanitaire desservent actuellement la CMM : celui de Lachenaie, celui de Saint-Thomas, celui de Lachute, celui de Sainte-Sophie et celui de Saint-Nicéphore. Seul le LES de Lachenaie est situé sur son territoire et la CMM y achemine 39 % des matières résiduelles du secteur municipal. Le reste est dirigé vers les autres lieux d’enfouissement situés à l’extérieur du territoire de la CMM.

La loi vise à favoriser la gestion régionale des matières résiduelles en accordant aux municipalités régionales le droit de limiter ou de refuser toute quantité de matières résiduelles destinée à l’élimination provenant de l’extérieur de son territoire. À cause de ce droit de regard, la CMM se doit, dans son PMGMR, de choisir entre l’application du principe de l’autonomie régionale ou, comme c’est le cas actuellement, la poursuite de la collaboration interrégionale.

Dans l’élaboration du PMGMR, l’implantation de lieux d’enfouissement sanitaire (LES) et de centres de transfert n’est pas planifiée en termes de localisation. Mais puisqu’il paraît souhaitable de favoriser l’implantation de nouveaux LES sur le territoire, deux scénarios ont été analysés :

Scénario 1 : Le scénario de la « collaboration interrégionale »

Ce scénario est basé sur la collaboration interrégionale pour l’enfouissement des matières résiduelles sur le territoire de la CMM et des MRC environnantes.

Aucun nouveau lieu d’enfouissement n’est prévu dans ce scénario, sauf l’implantation d’un nouveau centre de transfert sur l’île de Montréal afin de limiter les impacts du transport sur les ponts. À court terme, pour la CMM, ce scénario est souhaitable et justifiable puisqu’il donne le temps aux autorités locales de mettre leur énergie sur les mesures de récupération et d’organiser l’installation de futures infrastructures d’élimination sur le territoire.

Scénario 2 : Le scénario de « l’autonomie métropolitaine »

Ce scénario est basé sur l’autonomie complète en termes d’enfouissement des matières résiduelles sur le territoire de la CMM et de ses secteurs, dans le cas notamment de l’exercice par la CMM ou les MRC avoisinantes de leur droit de regard sur la provenance des déchets. Ainsi, les matières résiduelles destinées à l’enfouissement sont éliminées là où elles sont produites.

Ce scénario nécessite l’implantation de nouvelles infrastructures d’élimination, mais n’exige pas de nouveaux centres de transfert en plus de ceux déjà existants. Ainsi, un nouveau LES a été prévu pour chacun des secteurs de la CMM de façon à ce qu’ils gardent leurs déchets ultimes.

Par ailleurs, dans ce même scénario, l’autonomie métropolitaine pourrait également être atteinte sans l’implantation obligatoire d’un nouveau LES dans chacun des cinq grands secteurs géographiques de la CMM. Ainsi, le nombre de sites pourrait être inférieur à cinq en introduisant des sites intersectoriels utilisés par plus d’un secteur.

À la suite de la publication récente du rapport de consultation du BAPE portant sur l’agrandissement du LES de Lachenaie, les impacts sociaux relatifs à ce type d’équipement sont apparus comme étant tellement majeurs que la CMM préfère soumettre toute cette question à la consultation publique.

Le financement des nouvelles mesures

Entre 2001 et 2013, les coûts de la gestion des matières résiduelles sur le territoire de la CMM passeront de 137,4 M$ à 249,6 M$. Sans la mise en place des nouvelles mesures retenues par la CMM, le coût de la gestion des matières aurait augmenté à 176,4 M$ en 2013. Le surcoût engendré par la mise en œuvre du PMGMR atteindra donc 73,1 M$ en 2013. Ce montant devra être financé par d’autres revenus que le champ foncier. Il importe toutefois de préciser que la contribution municipale demeure importante puisque les municipalités assumeront toujours environ 70 % de l’ensemble des coûts de gestion des matières résiduelles.

La CMM propose de financer le surcoût total de 73,1 M$ par les revenus qui découleront des lois 102 et 130. La CMM privilégie ainsi une modification législative de la loi 102 afin que l’industrie assume 100 % des coûts actuellement payés par les municipalités pour la collecte séparée des contenants, des emballages et des imprimés.

En effet, les revenus attendus de la loi 102 sont actuellement estimés 50 % du coût net de récupération des matières recyclables des municipalités. Pour le territoire de la CMM, ces revenus sont estimés à 36 M$. Mais la réglementation gouvernementale nécessaire à la perception de ces revenus n’a pas encore été présentée. La proposition de la CMM vise à percevoir 100 % du coût net de la récupération des matières recyclables sur le territoire de la CMM, et ceci par le biais d’un fonds métropolitain de gestion des matières résiduelles.

La CMM propose aussi de percevoir, à même le fonds métropolitain de gestion des matières résiduelles, les revenus provenant de la loi 130. Ces revenus, estimés à 10 M$, proviennent d’une taxe à l’enfouissement. Mais dans ce cas également la réglementation gouvernementale n’a pas encore été présentée.

Calendrier de mise en œuvre

Pour l’implantation des mesures, la CMM favorise une approche graduelle et progressive sur une période d’environ trois ans. Ainsi, les mesures proposées seront mises en œuvre progressivement à partir du 1er janvier 2006 afin d’allouer le temps nécessaire à l’adoption du PMGMR et à l’entrée en vigueur de la réglementation ad hoc que devront adopter toutes les municipalités.

La mise en œuvre se fera graduellement pour respecter à la fois la durée des contrats municipaux existants de collecte des ordures, les délais d’implantation et d’aménagement des éco-parcs, les délais de mise en œuvre des « filières de traitement » par Recyc-Québec, ainsi que la mise en application des lois gouvernementales.
En tenant compte des contraintes précédentes, la CMM prévoit que les mesures proposées produiront leur plein effet sur un horizon de dix ans, c’est-à-dire vers 2013.

Documentation et consultations publiques

Si le conseil de la CMM procède ce soir à l’adoption du projet de PMGMR, le président de la commission de l’environnement de la CMM, Me André Boileau, a insisté pour dire que toute la documentation pertinente au projet sera rapidement rendue disponible pour faciliter la préparation des citoyens aux consultations publiques. Il a aussi indiqué que, dans les jours à venir, les membres de la commission indépendante responsables de ces consultations se chargeront de faire connaître publiquement le processus qu’ils adopteront pour faciliter la participation du plus grand nombre d’intervenants.

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Renseignements : Henri Goulet
Conseiller en communication
Communauté métropolitaine de Montréal
Téléphone : (514) 350-2592